Chaussures classiques

De l’Oxford au loafer ;
une méthode simple pour reconnaître les chaussures classiques

Il n’est pas nécessaire de mémoriser des dizaines de noms. Commencez par le laçage, observez ensuite la forme, puis les ornements.

Oxford, Derby, loafer, monk strap, Chelsea et chukka

La chaussure est souvent l’un des éléments auxquels on pense le plus tard. On peut longuement réfléchir à la couleur d’une veste, à la coupe d’un pantalon ou au choix d’une chemise ; au moment de choisir les chaussures, tout se résume parfois à deux mots : habillé ou décontracté.

Cette hésitation vient sans doute de la ressemblance entre de nombreuses chaussures classiques. Placez un Oxford noir à côté d’un Derby noir : pour un regard peu habitué aux détails, la différence paraît minime. Tous deux sont en cuir, tous deux ont des lacets et tous deux peuvent accompagner une tenue relativement formelle.

Il suffit pourtant de savoir où regarder. Je préfère commencer par trois choses : le laçage, la forme, puis les ornements.

L’Oxford : quand le laçage appartient à la forme

Illustration du laçage fermé d’un Oxford
Sur un Oxford, les quartiers portant les œillets sont cousus sous l’empeigne et se rejoignent presque.

Si l’on cherche le membre le plus formel de cette famille, il faut probablement commencer par l’Oxford, que l’on appelle plus volontiers Richelieu en France.

Sa caractéristique essentielle n’est ni sa couleur ni la forme de son bout. Il faut regarder les lacets. Les deux parties qui portent les œillets sont cousues sous l’avant de la chaussure et, lorsque le lacet est serré, elles se rapprochent presque complètement. C’est ce que l’on appelle un laçage fermé. Ce détail donne à l’Oxford une apparence plus nette et plus continue.

Un Oxford noir en cuir lisse, à bout droit ou uni et sans ornement important, accompagne naturellement un costume formel. En brun, en veau velours ou avec un décor brogue, la même famille devient progressivement moins formelle.

Le Derby : une petite différence très visible

Illustration du laçage ouvert d’un Derby
Sur un Derby, les quartiers sont posés sur l’empeigne et peuvent s’écarter.

Gardons l’Oxford en tête et changeons simplement la construction du laçage. Sur un Derby, les quartiers sont cousus sur l’empeigne et peuvent s’ouvrir. C’est un laçage ouvert.

La différence paraît modeste sur le papier, mais les deux chaussures n’ont pas la même présence. Le Derby semble plus détendu. Son ouverture plus large peut aussi convenir davantage aux pieds forts et lui donne une liberté appréciable : un modèle noir et fin peut accompagner un costume, tandis qu’un Derby brun, grainé ou en veau velours se porte aisément avec de la flanelle, du chino ou même du denim.

Le loafer : supprimer les lacets sans renoncer à l’élégance

Illustration d’un penny loafer
Le loafer s’enfile sans lacets ni boucle ; le penny loafer se reconnaît à sa barrette de cuir fendue.

Avec le loafer, l’histoire change : il n’y a plus de lacets à observer. C’est une chaussure à enfiler, sans boucle ni autre système de fermeture. Cette simplicité la place à un point intéressant entre le vestiaire classique et le confort.

Le penny loafer porte une barrette de cuir fendue sur le cou-de-pied. Le tassel loafer ajoute des pampilles, tandis que le horsebit loafer se reconnaît à la pièce métallique posée sur l’empeigne. Quelques détails suffisent donc à changer rapidement le caractère de la chaussure.

Le monk strap : entre chaussure à lacets et loafer

Illustration d’un single monk strap
Une bride de cuir fermée par une boucle remplace les lacets.

Le monk strap est difficile à confondre avec un autre modèle. Les lacets disparaissent, mais une bride de cuir et sa boucle prennent leur place. Avec une boucle, on parle de single monk ; avec deux, de double monk.

Son degré de formalité n’est jamais absolument fixe. Un modèle noir, fin et sobre peut côtoyer un costume très ordonné ; une version brune à deux boucles et davantage de détails aura une présence plus affirmée et plus décontractée.

La bottine classique : un nom, plusieurs caractères

Lorsque l’automne et l’hiver arrivent, les mêmes règles continuent souvent au-dessus de la cheville. Pourtant, « bottine classique » ne désigne pas un modèle unique.

La Chelsea : plus simple qu’elle n’en a l’air

Illustration d’une Chelsea boot
L’absence de lacets et les empiècements élastiques latéraux sont ses signes essentiels.

La Chelsea boot n’a pas de lacets. Deux empiècements élastiques sur les côtés de la tige constituent son signe le plus évident. Sa forme nette peut accompagner aussi bien un jean qu’un pantalon de laine ; le cuir lisse et une ligne fine la rendent plus habillée, tandis que le veau velours et une semelle épaisse la rapprochent du quotidien.

La chukka : une bottine qui se fait discrète

Illustration d’une chukka boot
La chukka monte à la cheville et ne possède généralement que deux ou trois paires d’œillets.

La chukka arrive généralement à la cheville, possède deux ou trois paires d’œillets et conserve une construction assez simple. Sa version en veau velours brun est sans doute la plus familière : elle accompagne naturellement chino, flanelle et denim, sans chercher à attirer l’attention.

Enfin, le brogue : une chaussure ou un décor ?

Illustration des perforations brogue et du wingtip
Le brogue est un décor perforé ; sur un full brogue, l’empiècement du bout se prolonge en ailes.

Voici l’une des confusions les plus courantes. Lorsqu’une chaussure porte des perforations décoratives régulières, on dit souvent : « c’est un brogue ». Ce n’est pas totalement faux, mais ce n’est pas toute l’histoire.

Le brogue désigne davantage un ornement qu’une construction. Une chaussure peut donc être un Oxford brogue ou un Derby brogue. Le quarter brogue reste discret ; le semi-brogue ajoute généralement un décor sur le bout ; sur le full brogue ou wingtip, l’empiècement avant se prolonge en ailes sur les côtés.

Devant un wingtip, une question reste donc nécessaire : comment son laçage est-il construit ? La réponse dira s’il s’agit d’un Oxford ou d’un Derby.

Le regard de Gentlemannameh

La chaussure classique devient difficile à comprendre lorsque l’on tente de mémoriser tous les noms à la fois. La logique est plus utile.

Regardez d’abord le laçage. Fermé, il suggère l’Oxford ; ouvert, le Derby. Sans lacets, demandez-vous si la chaussure s’enfile ou se ferme par une boucle.

Observez ensuite la forme. La chaussure monte-t-elle à la cheville ? Possède-t-elle un élastique latéral ? Deux ou trois paires d’œillets ? Enfin seulement viennent les ornements.

Connaître le nom d’une chaussure et savoir bien la porter ne sont pas la même chose. La meilleure question n’est pas toujours « quel modèle est le plus formel ? », mais plutôt : quelle chaussure paraît la plus naturelle avec ce que je porte aujourd’hui ?

Crédits des images

L’image principale et les sept illustrations pédagogiques ont été créées spécialement pour cet article avec l’outil de génération d’images d’OpenAI. Aucune image extérieure n’est reproduite.